La loi 20 rate sa cible et est inéquitable pour les coopératives d’habitation au Québec [Le Devoir - 15 avril 2026]
La loi 20, qui permettrait d’expulser des membres de coopératives d’habitation dont le revenu dépasse un seuil fixé par le gouvernement et de centraliser l’admissibilité aux logements vacants, repose sur une logique profondément incohérente et injuste pour les milliers de membres résidants et impliqués dans les coopératives d’habitation.
Depuis les années 1960, l’État a investi des centaines de milliards de dollars (plus de 400 milliards) pour soutenir l’accession à la propriété individuelle au Québec : assurance hypothécaire ; exemption du gain en capital ; crédits d’impôt ; RAP ; remboursements de taxes ; programmes municipaux ; CELIAPP. Ces mesures ont permis à des millions de ménages de bâtir un patrimoine immobilier substantiel. Jamais l’État n’a exigé qu’ils remboursent ces avantages. Jamais l’État n’a contrôlé qui pouvait habiter une maison subventionnée. Jamais l’État n’a expulsé un propriétaire devenu plus aisé. Alors, pourquoi imposer aujourd’hui aux coopératives un traitement plus sévère que celui appliqué à la propriété privée ?
Les coopératives d’habitation ne sont pas des logements sociaux traditionnels. Elles reposent sur la stabilité, la participation citoyenne et la mixité sociale. En expulsant les membres qui améliorent leur situation financière, la loi 20 punit la réussite, fragilise les milieux de vie et dénature un modèle non spéculatif qui protège l’abordabilité depuis plus de 60 ans.
Si le gouvernement actuel souhaite réellement améliorer l’accès au logement, il doit renforcer les coopératives, pas les placer sous tutelle. La loi 20 s’attaque au mauvais problème et risque d’affaiblir l’un des rares modèles qui fonctionnent encore.